Si je devais recevoir un euro à chaque fois qu'un client franchit la porte du studio en me disant "Je vous préviens, je ne suis pas photogénique", je n'aurais plus besoin de travailler.
C'est une angoisse universelle. Et pourtant, d'un point de vue purement technique, la photogénie n'existe pas. Ce que vous appelez le "manque de photogénie", c'est simplement l'inconfort d'être regardé par une machine et la tension physique qui en découle.
Beaucoup pensent qu'un bon photographe est celui qui va dicter chaque placement de bras ou chaque inclinaison de tête. Si c'est ce que vous cherchez, je vous le dis d'emblée : ne comptez pas sur moi pour venir vous placer un doigt au quart de pouillème près. Un beau portrait, c'est une attitude. Et voici comment nous allons aller la chercher.
1. Le jeu de rôle : L'acting plutôt que la pose
Vous demander de faire un "sourire naturel" sur commande ne fonctionne jamais. À la place, je vais vous demander de faire appel à votre imagination et de vous projeter dans une scène très spécifique :
● "Imagine que tu es assise en terrasse avec des copines, et que vous êtes en train de bitcher sur les passants."
● "Tu es dans un bar, tu repères quelqu'un qui te plaît physiquement au bout du comptoir. Essaie d'attirer très discrètement son regard."
● "Tu attends à l'arrêt de bus depuis 20 minutes sous la pluie, et tu vois enfin arriver ta pote."
Dès l'instant où votre cerveau visualise la scène, la micro-tension de vos muscles faciaux change. L'œil s'allume, la posture s'adapte. Vous ne "posez" plus, vous vivez l'instant. Et lorsque j'ai besoin de corriger un détail, je ne viens pas vous manipuler : je mime simplement avec deux doigts l'orientation du buste, du bassin ou du visage que je souhaite obtenir pour ne jamais casser la dynamique.
2. La série en mouvement : Casser l'image statique
Avec les modèles qui ont déjà un peu d'expérience, ou les personnes qui ont naturellement "le truc" et se lâchent vite, j'utilise une technique redoutable pour amener de la vie dans l'image : la série en mouvement.
Le principe est intense et amusant : je vous annonce une série de 6 clichés d'affilée. À chaque fois que le flash se déclenche, vous devez changer quelque chose. Un nouveau port de tête, une autre jambe d'appui, la position d'une main, un regard qui fuit ou qui accroche l'objectif...
L'objectif n'est pas que chaque pose soit parfaite. L'objectif est de vous forcer à bouger pour que votre cerveau n'ait plus le temps de réfléchir ni de se crisper. Le corps s'anime, le mouvement devient fluide, et l'attitude capturée dégage une énergie incroyable.
3. Le devoir à la maison : L'inspiration miroir
Si l'improvisation vous fait peur, rassurez-vous, le charisme se travaille.
Pour préparer les shootings formels, ou pour les modèles qui viennent réaliser un book (les Polaroïds), je donne souvent ce conseil : choisissez un top model dont l'énergie vous inspire. Enfermez-vous dans votre salle de bain, et amusez-vous à singer ses attitudes devant votre miroir. Observez comment votre mâchoire se dessine quand vous levez le menton, comment votre regard se durcit quand vous plissez légèrement les yeux. C'est un exercice excellent pour prendre conscience de son propre corps.

Mon avis franc pour conclure
L'excuse de la photogénie est le meilleur bouclier pour éviter de se confronter à sa propre image. C'est compréhensible, mais c'est dommage.
Laissez les poses figées et millimétrées aux mannequins de vitrine. Venez avec vos expressions, acceptez de jouer le jeu du mouvement, et faites confiance au processus. L'objectif ne ment pas, mais il ne capture que l'attitude que vous acceptez de lui donner.

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